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jeudi 22 mars 2018

La Légende de Sleepy Hollow de Washington Irving

Il m'arrive très souvent d'être déçu par les adaptations cinématographiques des lectures que j'ai appréciées. D'abord parce que les personnages n'ont pas du tout la tête que je leur avais attribuée. Ensuite, et surtout, parce que de nombreux passages manquent dans le film ou, pire encore, que l'histoire a été totalement remodelée.

C'est pourquoi maintenant, je préfère voir le film avant de lire le livre (ce qui parfois peut prendre beaucoup de temps avec toutes les sagas fantastiques adaptées au cinéma) mais ça en vaut généralement la peine.

Pas là !

Si j'avais adoré le film de Tim Burton en 1999 (quoi, presque 20 ans ?!), ça n'a pas été du tout le cas avec la nouvelle.

Celle-ci, publiée pour la première fois en 1820 dans le recueil The Sketch Book of Geoffrey Crayon, Gent, longue de 64 pages (format poche), est complètement plate.

Pour ceux qui ne connaissent pas (“comment est-ce possible ?!” :oP), La Légende de Sleepy Hollow raconte la rencontre d'un maître d'école, épris de la fille d'un notable, avec le légendaire cavalier sans tête.

Dans mon souvenir du film, il y avait beaucoup de suspens, d'angoisse, de ténèbres (propre à l'atmosphère de Tim Burton) et d'action. Alors, j'ai lu, j'ai lu, mais ce n'est qu'au bout de 50 pages que l'“action” commence. En 5 pages, c'est bouclé et en plus, on n'est même pas sûr du dénouement. L'auteur laisse planer le doute pour permettre au lecteur de se faire son idée. Personnellement, je déteste ça. ;)

Bref, j'ai bien envie de revoir le film pour savoir s'il est aussi bon que dans mon souvenir. J'en ferai alors une chronique, ma première cinématographique ...

La Morte Amoureuse

Voici une petite nouvelle de 35 pages (format poche) qui pourrait facilement s'inscrire dans les meilleures nouvelles que vous ayez lues. Publiée pour la première fois en juin 1836 dans La Chronique de Paris, cette nouvelle clairement fantastique utilise un thème bien connu de l'horreur. Je ne vous en dévoilerai pas l'exact sujet (bien que le titre donne déjà un indice), mais la nature réelle du personnage surnaturel est introduit petit à petit et très finement, ce qui cause le plus grand plaisir.


Cette histoire nous est racontée par Frère Romuald, un prêtre de 66 ans. 
Lorsqu'il était jeune, au moment de son ordination, lui, qui n'avait jamais connu que l'amour de Dieu, croise le regard de la plus belle femme de la ville. Sombrant dans le désespoir d'un amour impossible mais dévorant, son supérieur, l'Abbé Sérapion, l'envoie dans un petit village reculé. Mais cela ne l'empêchera pas de vivre une double vie, au sens réel du terme …


Je ne vous en dévoile pas plus, sinon je vais vous gâcher le plaisir de découvrir cette excellente nouvelle. Je pense que Théophile Gautier s'est inspiré ou a repris le thème d'une des dernières nouvelles d'Hoffmann, mais n'ayant pas encore lu celle-ci, je ne puis l'affirmer avec certitude. Voilà qui donne envie de poursuivre la bibliographie de l'auteur gothique allemand ...

samedi 10 mars 2018

Le pot d'or

Voici la première nouvelle d'Hoffmann qui m'a réellement subjugué. Forte de 126 pages (format poche), cette nouvelle a été publié pour la première fois en 1814 sous le titre Der goldene Topf, traduit littéralement par Le pot d'or.

L'étudiant Anselme est quelqu'un de très maladroit et quand un beau jour,
il renverse le panier de pommes et de gâteaux d'une vieille femme,
sa vie tourne au cauchemar.
Il commence par entendre les chuchotements de trois petits serpents verts et or
et tombe follement amoureux de l'un deux.
Puis, en tant que copiste, il entre au service de l'Archiviste Lindhorst
qui n'est autre que le grand Salamandre, un puissant magicien.

Cette nouvelle appartient clairement au thème fantastique et annonce les prémices de la fantasy. Le personnage principal se retrouve coincé entre le choix de la raison qui lui suggère d'épouser Véronique (la fille de son directeur) et son envie d'aventures qu'il ressent quand il est auprès de Serpentine, un être merveilleux. Il se retrouve malgré lui au milieu d'une guerre qui oppose une magicienne (plutôt une sorcière) au grand mage Salamandre. Anselme doit choisir son camp et devra se « battre » pour devenir un héros ...

Bien que cette histoire se déroule dans le monde réel, contemporain à la rédaction de l’œuvre (l'aventure se passe à Dresde dans les années 1800), tout un pan de la narration fait appel au merveilleux : à l'intérieur de la maison de l'Archiviste se trouvent des jardins enchantés peuplés d'animaux étranges et des objets aux grands pouvoirs magiques. Anselme, lui-même, semble y acquérir des pouvoirs hors du commun quand il y travaille. L'histoire personnelle de l'Archiviste semble empruntée à une légende. C'est pourquoi je vois dans cette nouvelle les prémices de la fantasy : un monde merveilleux peuplé d'animaux fantastiques et de magiciens qui s'affrontent.

On pourrait presque rapprocher cette œuvre de Marie Poppins ou de Narnia grâce à l'incursion du merveilleux dans la vie réelle. Je me demande si cette nouvelle n'aurait par ailleurs pas inspirée La Dent-de-Dragon qui appartenait au magicien Piou-Lu de Fitz-James O'Brien paru en 1856, texte ayant lui-même inspiré la nouvelle d'Abraham Merrit : La Porte du Dragon. En revanche, je suis persuadé qu'elle a beaucoup inspiré Théophile Gautier pour son texte La cafetière paru en 1831 (soit seulement 17 ans plus tard). On retrouve en effet dans ces deux nouvelles des personnages « capables » de se transformer en objets du quotidien : une cafetière dans l'un, une théière dans l'autre.
Il devient très agréable de pouvoir commencer à établir des liens entre les auteurs, des textes qui en ont inspiré d'autres ou des thèmes communs, traités de manière similaire ou au contraire, avec des visions totalement divergentes.

Malgré le style toujours ampoulé d'Hoffmann, on se retrouve très vite pris d'affection pour Anselme et on envierait presque d'être avec lui pour voir les merveilles qui se cachent dans la maison de l'Archiviste.

Omphale






Cette petite nouvelle de 10 pages (format poche) est parue la première fois dans le Journal des gens du monde du 7 février 1834 sous le titre Omphale, ou la Tapisserie amoureuse. Jugent peut-être le titre trop révélateur, il fut plus modestement rebaptisé Omphale, histoire rococo.


Un jeune homme est logé dans le pavillon décrépi de son oncle, baptisé Délices, qui jouit d'une décoration pour le moins rococo. Dans la chambre du narrateur, une tapisserie représente Omphale et Hercule.
Fait étonnant, le regard d'Omphale semble suivre le narrateur. Mais il y a plus étrange encore …


Si cette petite nouvelle n'étale pas une folle action, elle se révèle quand même agréable. Un soupçon de fantastique et surtout un thème similaire au Metzengerstein de Poe permette une lecture plaisante de l’œuvre. Je conseille cependant d'avoir lu la nouvelle de Poe avant, sans quoi celle-ci pourrait vous paraître un brin insipide.

Morella

Morella, c'est l'histoire d'un amour, qui n'en était pas un et que le temps a terni. C'est aussi l'histoire d'une terrible vengeance où la sorcellerie détourne de la manière la plus abominable possible l'événement le plus merveilleux de la vie d'un homme ...

Cette très courte nouvelle de 9 pages (format poche) a été publiée pour la première fois en 1840 dans le Southern literary messenger, mais une lettre écrite par Poe atteste que celle-ci fut rédigée en avril 1835. La version française a été traduite par Charles Baudelaire en 1853. En 1962, l'histoire est adaptée au cinéma dans un sketche de Tales of terror.

La lecture de cette nouvelle a pour moi été plaisante mais pas passionnante. Si le thème est clairement fantastique (forces occultes, sorcellerie, vie après la mort, possession ou métempsychose), l'appartenance horrifique n'apparaît que sous la forme du suspens. Les faits sont relatés très rapidement, pas de détails et très peu d'action : on n'a pas le temps d'avoir peur. Peut-être cette histoire aurait-elle méritée d'être développée, mais je ne doute pas qu'elle ait inspirée par la suite nombre d'auteurs …

Je ne sais pas pourquoi mais durant toute cette lecture le personnage de Morella m'a fait penser au personnage de la sorcière rouge dans Game of Thrones. À voir plus tard si ce pressentiment était fondé ...

Le rendez-vous

Cette petite nouvelle de vingt pages (format poche), traduite une nouvelle fois par Alain Jaubert, est parue pour la première fois en janvier 1834 dans le Godey’s lady’s book, sous le titre The assignation qui a été repris pour la traduction française « Le visionnaire ». Dans le recueil Le masque de la Mort Rouge de Folio SF, la nouvelle prend un titre plus révélateur : Le rendez-vous.

Par une nuit de ténèbres exceptionnellement profondes, une femme
laisse tomber par mégarde son enfant dans les eaux du canal.
Quand tout espoir semble vain, un homme plonge et lui ramène le bébé.
Cette femme lui fixe alors rendez-vous une heure après le lever du soleil.

Et le lieu du rendez-vous ne peut pas être plus étrange …

Au moment de la lecture, je n'ai apprécié que les 6 premières pages et les 2 dernières : un peu d'action au début et du « fantastique » à la fin. Entre deux, beaucoup de descriptions et narrations, à mon sens, futiles. C'est la première nouvelle de Poe qui me déçoit. D'après le comptoir littéraire, Poe aurait pu s'inspirer d'une nouvelle d'Hoffmann (Le doge et la dogaresse) que je n'ai pas encore lue ou ferait la satire de l'aventure de Lord Byron avec la comtesse Guiccioli qui defraya la chronique en 1819.

Maintenant que je suis allé à Venise, cette histoire prend une autre résonance. Peut-être faut-il la lire un soir directement sur place pour ensuite découvrir directement les lieux de l'action.




vendredi 2 mars 2018

Le magnétiseur

Publié pour la première fois en 1813 dans Fantasiestücke, Le magnétiseur (Der Magnetiseur) est une assez courte nouvelle de 70 pages (format poche).

L'histoire consiste en un huis-clos réunissant le Baron, son fils Ottmar et sa fille Maria et leur ami peintre Bickert. La discution s'oriente vers des sujets fantastiques et plus particulièrement sur les pouvoirs de suggestion et de persuasion. Ottmar relate alors une expérience vécue par son ami Alban. Sujette à des problème de santé, Ottmarr demande alors à son ami d'utiliser son magnétisme pour soigner Maria. Mais introduire Alban dans sa maison, c'est un peu comme faire entrer le loup dans la bergerie …

Voici la première nouvelle d'Hoffmann que j'ai adorée !! Une véritable histoire emprise de fantastique. On y devine les prémices de l'hypnose et l'auteur nous montre toute l'horreur dont les hommes sont capables pour asservir les autres. Une nouvelle très sombre, mais une nouvelle comme je les aime !

C'est étonnant, plus on aime les choses, moins on en a à dire sur elle. On préfère taire ce que l'on sait pour laisser l'entière surprise de la découverte personnelle.

samedi 3 février 2018

Manuscrit trouvé dans une bouteille

Cette nouvelle très courte de 16 pages (format poche) fut publiée pour la première fois en 1831. Elle parut ensuite en octobre 1833 sous le titre Ms. found in a bottle dans le Baltimore Saturday visiter où elle figura directement en une : en effet, Poe avait alors gagné le premier prix pour la meilleure nouvelle. Il avait gagné en même temps le prix pour le meilleur poème.

Lors d'un voyage l'emmenant de Java aux îles de la Sonde, le bateau sur lequel le narrateur voyage affronte les tourments d'une formidable tempête : le simoun. Un énorme coup de vent enfonce le bateau dans l'eau et tous les hommes sont emportés.
Durant cinq jours, le vent entraîne le bateau et finit par le jeter contre un autre.
Le narrateur se retrouve par miracle sur le pont de ce nouveau navire, semblant venir d'un temps très ancien …

Mêlant légendes et aventures, cette nouvelle se lit très bien. Poe capte le lecteur et l'emprisonne dans une suite d'actions très rapide. Le mystère qui entoure le second navire nous oblige à lire l'histoire d'une traite.

Pour ma part, j'ai eu l'impression de découvrir une des sources d'inspiration du célèbre Hollandais Volant de la saga Pirates des Caraïbes. Tiens, tiens, en cherchant des informations sur ce navire, je viens de découvrir que le Hollandais Volant est en fait à la base une légende datant du XVIIème siècle prenant sa source du côté de Java. La rumeur attribuait la vitesse du navire à l'assistance du diable. Évidemment, le navire disparut sans laisser de trace … Il se pourrait donc que Poe se soit inspiré de cette légende ou d'un des récits basés sur celle-ci pour développer son histoire.

En tout cas, je recommande cette lecture !

Onuphrius, ou les vexations fantastiques d’un admirateur d’Hoffmann

L'avantage des nouvelles c'est que, même si l'on n'accroche pas trop à l'histoire, un peu de persévérance suffit pour réussir à tout lire. Cela permet aussi de se constituer un bon stock de références et d'affiner sa compréhension du genre.
L'inconvénient des nouvelles, c'est que l'on a tendance à les lire beaucoup plus vite qu'on ne les chronique ; encore plus quand on fait le choix de faire une chronique pour chaque nouvelle …
Voilà comment j'en viens à cumuler un retard de 10 chroniques … C'est d'autant plus gênant que certaines sont tellement passionnantes qu'on en oublie quasiment complètement l'histoire des autres …

Bref, voici mon entrée en matière pour Onuphrius, texte de Théophile Gautier, paru pour la première fois en août 1832 dans La France Littéraire sous le titre Onuphrius Wphly. En 1833, cette nouvelle de 39 pages (format poche) adopte son titre définitif : Onuphrius, ou les vexations fantastiques d’un admirateur d’Hoffmann (plus long, mais plus facile à lire).

Au départ, je m'attendais donc naturellement à ce qu'il soit question d'ETA Hoffmann dans le texte, mais en dehors du titre, le nom n'apparaît qu'une fois dans le texte. Sur le coup, j'en étais un peu déçu. Maintenant que je commence à connaître plusieurs textes de ces deux auteurs, je me rends compte de la corrélation entre les deux ou plutôt de la manière dont Gautier s'inspire des histoires d'Hoffmann.

Onuphrius, c'est l'histoire d'un peintre poète qui, par ses lectures fantastiques, voire occultes, a tendance à voir l'empreinte du diable partout … Devant peindre le portrait de Jacintha, il s'aperçoit que tout s'oppose à son travail. Quand il souhaite la rejoindre, le temps s'échappe et il arrive trop tard. Une nuit, il rêve de sa mort et se rend compte qu'un autre s'est approprié son œuvre et son succès.

Comme chaque fois, il est difficile de résumer l'histoire sans spoiler l'intrigue. Alors étant donné que ce blog est un peu la mémoire de mes lectures, je vais m'autoriser à un petit laisser-aller mnémotechnique en disant qu'Onuphrius vit un peu la même situation que Bon-Bon mais que l'homme au rubis rouge n'a finalement pas les mêmes intentions …

En relisant en diagonale cette nouvelle qui sur le « long terme » (moins de 6 mois quand même) ne m'avait laissé aucun souvenir, je me rappelle qu'elle m'avait alors plu car elle est très concrètement emprunte de fantastique. Elle m'avait de plus redonné très envie de lire du Hoffmann de par ses références : le chat Mürr et la nuit de la Saint-Sylvestre, dernière nouvelle du recueil Contes d'Hoffmann. Mais comme je le disais en intro, certaines nouvelles nous laissent un souvenir indélébile et occultent d'autres qui, à mon goût, manquent peut-être d'actions.
Je me permets ici de copier-coller un paragraphe du site Théophile Gautier pour évite de paraphraser leurs propos :

« Cette nouvelle est fortement inspirée de divers récits d’Hoffmann : Onuphrius emprunte au héros du « Vase d’or », persécuté comme lui par des visions grotesques. La maîtresse d’Onuphrius, Jacintha, doit son nom à la Giacintha de La Princesse Brambilla. Mais encore, le thème du miroir au reflet fantastique se trouve dans « La Nuit de la Saint-Sylvestre » et l’épisode du portrait défiguré présente une certaine parenté avec un passage des Élixirs du diable. L’épisode du mort vivant vient certainement de contes publiés de manière anonyme par Robert Mac Nish dans Le Mercure de France en 1829 (« La Mort ressuscitée », « la Métempsycose », « Un Pythagoricien moderne »). »


N'ayant pas encore lu La Princesse Brambilla, La Nuit de la Saint-Sylvestre ou Les élixirs du diable, je ne peux pas encore attester mon avis sur ses points. En revanche, je ne trouve pas qu'Oniphrius emprunte au personnage du Vase d'Or : l'étudiant Anselme ne doit ses aventures qu'à sa nature maladroite. Si Onuphrius enchaîne les dépits, on se rend compte au fur et à mesure qu'elles ne sont en rien des preuves d'une maladresse quelconque mais bien finalement les résultats de l'intervention d'un tiers personnage.
Étant donné qu'il semble ne pas y avoir de traduction française pour les œuvres de Robert MacNish, il me sera difficile de me faire un avis sur la question. Par contre, comme je l'ai déjà évoqué, cette histoire m'a semblé avoir un lien avec la nouvelle de Poe Bon-Bon. Le lien me semble tout aussi fort avec une autre nouvelle de Poe : Perte de souffle. Mais ces deux nouvelles ayant été aussi publiée en 1832, il est difficile de dire qui a inspiré qui ou même s'ils se sont inspirés les uns les autres ou si c'étaient juste des thèmes très à la mode à ce moment là.


Dans tous les cas, je conseille la lecture de cette nouvelle ! Le style est un peu ampoulé (on évoque ici la bourgeoisie française), il n'y a pas une action transcendante mais le suspens se maintient jusqu'à la fin et ça nous suffit.


Plus que 9 ...

mercredi 3 janvier 2018

La cafetière

Publiée pour la première fois en mai 1831 dans Le Cabinet de lecture, La Cafetière est la première nouvelle écrite par Théophile Gautier. Né en 1811 à Tarbes, cet auteur français avait commencé à se faire connaître avec la poésie, suite à sa rencontre avec Victor Hugo.

La Cafetière est un conte très court de 9 pages (format poche). L'écriture est assez littéraire, moins qu'Hoffmann, mais plus que Poe (pour comparer à mes autres lectures actuelles). Si la description est assez marquée dans ce texte, elle laisse très facilement place à l'action. En effet, il est difficile de s'étendre sur les détails en si peu de pages.

Théodore est invité avec deux de ses camarades à passer quelques jours en Normandie. Harassé par le voyage effectué à pied dans la boue, on l'installe rapidement dans une chambre où tout semble avoir été utilisé la veille. Le lit tanguant sous le narrateur l'empêche de s'endormir et l'oblige à assister à une scène fantastique : un à un, les personnages sortent de leur cadre ; la cafetière se place toute seule sur le feu, les tasses viennent elles-mêmes se placer sur la table, équipées de leur cuillère et d'un morceau de sucre. S'ensuivent une discussion, une danse, une rencontre …

Je suppose que, comme tous les lecteurs, vous voyez le texte s'animer dans vos têtes quand vous lisez. Alors vous ne serez pas étonné que j'aie emprunté à JK Rowling (et surtout aux films) sa vision des cadres et des personnages qui y prennent vie avant d'en sortir.

La lecture de cette nouvelle m'a paru agréable. Difficile de s'ennuyer sur si peu de pages. L'action n'est pas transcendante, mais l'auteur parvient à instaurer un léger suspens. L'épisode des tasses et de la cafetière m'a tout de suite rappelé le conte La belle et la bête, mais ne connaissant que la version Disney (et à la rigueur, la vision plus moderne de la série Once upon a time) il m'est difficile de dire si ce conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont écrit en 1756 a inspiré ou non Théophile Gautier. D'après le site internet dédié à l'auteur, cette nouvelle s'inspirerait de textes écrits par 4 auteurs :
  • Le Vase d’or et Bonheur au jeu , contes fantastiques écrits par Hoffmann,
  • L’Aventure de mon oncle et Le Hardi Dragon de Washington Irving,
  • La chambre tapissée de Walter Scott,
  • Les Mystères d’Udolpho d’Ann Radcliffe.

Je suis déjà en possession du Vase d'or. Washington Irving figure dans ma liste des auteurs à découvrir (bien plus conséquente que celle présente sur le blog) puisque auteur de l'histoire La Légende du Val Dormant (The Legend of Sleepy Hollow).
En revanche, bien que les deux derniers textes cités soient disponibles gratuitement sur Wikisource, en découvrir leur auteur ne me tente guère (trop peur de lire des textes écrits de la même manière qu'Hoffmann). Peut-être, à la rigueur, parviendrai-je à lire La chambre tapissée puisque ce texte ne fait que 22 pages.

Ce post n'est donc pas terminé … ;)

vendredi 29 décembre 2017

Metzengerstein

Metzengerstein est la première nouvelle éditée de Poe. Elle paraît pour la première fois le 14 janvier 1832 dans The Philadelphia Saturday courier, d'abord sous-titrée The Hungarian myth, puis A tale in the imitation of the German. Cette nouvelle connaît le succès et permet à Poe d'établir sa réputation. Elle sera, comme beaucoup d'autres, traduite par Charles Baudelaire qui fera connaître l'auteur en France.

Cette histoire de 13 pages (format poche) est basée sur la rivalité de deux familles bourgeoises hongroises (aux noms imprononçables et surtout  inécrivables  difficilement "orthographiables" sans modèle) : les Metzengerstein et les Berlifitzing. Alors si, comme moi, votre culture littéraire se révèle finalement plus pauvre que vous ne croyiez, vous penserez tout de suite aux familles Montaigu et Capulet et vous direz que tout se terminera par la mort tragique des enfants chéris uniques de chaque famille. Mais … Que nenni !!! Enfin si … Mais non ...

En introduction de la nouvelle (je viens de découvrir qu'en littérature, on dit « épigraphe », pourtant, j'avais cherché sans succès le terme sur google pour mon précédent article …), on peut lire cette phrase latine : « Pestis eram vivus, -moriens tua mors ero. » Cette citation de Martin Luther (le protestant, King n'était pas encore né à cette époque) prophétise l'aventure de la nouvelle : « Vivant, j'étais ta peste. Mort, je serai ta mort. » Phrase, qui avouons-le, sonnerait très bien dans un roman d'épouvante actuel, un post-apo plein de zombies ...

Cette nouvelle a pour thème principal la métempsychose. Si j'avais su ce que voulait dire ce terme avant de lire le texte, l'histoire aurait perdu de son attrait. En vous le disant, je ne spoile en rien le suspens car le terme apparaît à la 6ème ligne. Si, comme moi (encore une fois), vous ne connaissiez pas la définition de ce mot, ne vous inquiétez pas, il s'échappera vite de votre pensée.

Métempsychose, donc, un sujet clairement fantastique mais auquel je ne pourrais (pour le moment) adjoindre aucune autre histoire.

Au départ, une haine profonde entre d'un côté Wilhelm, comte Berlifitzing « vieux radoteur infirme » ne vivant que pour ces chevaux et la chasse et de l'autre, le jeune Frédérick, baron Metzengerstein, tout juste majeur, fraîchement orphelin, héritier d'une richesse sans limite et menant rapidement une vie de débauché.
Une nuit, un incendie prend dans les écuries du château Berlifitzing. Pendant ce temps, Frédérick est « hypnotisé » dans ses appartements par une tapisserie relatant le meurtre d'un ancêtre Berlifitzing sous les yeux de son cheval par un Metzengerstein.
Quand tout à coup, le cheval semble s'animer …

Ouh la la, que de suspens … Il va sans dire que cette courte nouvelle nous tient tout du long en haleine et même si on en devine aisément la fin, on la lit avec un grand plaisir.


J'ai découvert sur Comptoir littéraire que cette histoire avait fait l'objet d'une adaptation au cinéma en 1967 dans Histoires extraordinaires, un film contenant 3 sketchs tournés par 3 réalisateurs différents. Dans le premier sketch, Roger Vadim semble proposer une adaptation très libre de l'histoire puisque Frédérick devient Frédérica (interprétée par Jane Fonda) et le comte Berlifintzing devient son cousin (interprété par Peter Fonda). D'après les commentaires d'Allociné, il semblerait que ce soit une seconde adptation, la première ayant eu lieu en 1949. A découvrir peut-être plus tard …



Finalement, même s'il revient du XIXème siècle, le Poe est atemporel et se lit aisément. Je pense que je prendrais plaisir à découvrir les prochaines nouvelles et que j'y reviendrais facilement. Je vais donc aller tenter une nouvelle incartade, chez Théophile Gautier, cette fois.


PS : si vous avez une liste de synonymes à disposition pour les termes « nouvelles », « textes », « histoires », je suis preneur (j'ai l'impression de toujours me répéter).
;)

mercredi 20 décembre 2017

Bon-Bon

Bon-Bon est une des premières nouvelles écrites par Edgar Allan Poe en 1832. Cette nouvelle de 22 pages a été traduite par Alain Jaubert. Le titre original étant aussi Bon-Bon, on ne peut pas dire que le traducteur l'a détourné ...

Première bonne surprise, le lieu de l'action : je suis très étonné qu'un auteur américain du XIXème situe l'action de son histoire à Rouen, capitale préfecture de ma région natale.

Ensuite, contrairement aux nouvelles d'Hoffmann, cette nouvelle est vraiment une histoire fantastique de la première huitième page (faut quand même pas abusé le lecteur à cette époque romantique) à la dernière.

Bon-Bon, c'est l'histoire d'un rouennais, restaurateur de renom pour vivre, mais philosophe dans l'âme. C'est à la troisième ligne qu'intervient ma deuxième bonne surprise : le nom du café de Pierre Bon-Bon  ('fin, par ordre de lecture, au final, c'est la première puisque le mot « Rouen » arrive à la 4ème ligne). Je ne spoile pas mais je prends plaisir à imaginer que peut-être ce nom a inspiré Tolkien.

Bon-Bon, c'est l'histoire d'un personnage qui rencontre celui qu'il a toujours adoré, celui qui a donné un sens à sa vie et qui va se rendre compte que finalement, il s'est fourvoyé depuis le début.

Bon-Bon, c'est une vrai nouvelle de fantastique, puisque basée sur l'utilisation d'une de ces figures emblématiques. Je n'en dévoilerai pas plus (si ce n'est l'intro de la nouvelle pour conclure ce post) car cette histoire en huit-clos se limite à une « simple » conversation où n'intervient que peu pas d'action. On n'est pourtant tenu en haleine jusqu'à la conclusion et on enchaîne tout de suite sur une seconde nouvelle.

L'intro de l'histoire donne un indice sur son déroulement, je vous en fait part et vous laisse faire vos pronostics :

          Quand un bon vin meuble mon estomac
         Je suis plus savant que Balzac -
         Plus sage que Pibrac ;
         Mon bras seul faisant l'attaque
         De la nation Cosaque
         La mettroit au sac ;
         De Charon je passerois le lac
         En dormant dans son bac ;
         J'irois au fier Eac,
         Sans que mon cœur fît tic ni tac,
         Présenter du tabac.
                  VAUDEVILLE FRANÇAIS. 

Édit du 29/17/17 : je viens de trouver un article très intéressant concernant l’œuvre de Poe sur le site Comptoir littéraire. Je déconseille la lecture de ce très long article avant celle des nouvelles car tout y est très détaillé, mais ça permet de mieux connaître la chronologie et le contexte de parution de ces nouvelles. Bien que l'analyse littéraire soit très poussée (peut-être trop au vu de mes études scientifiques), elle me permet de mieux appréhender les enjeux des thèmes développés et ainsi de mieux comprendre l'évolution de la SF à partir de ces précurseurs.

Je peux ainsi ajouter que Bon-Bon est paru pour la première fois le 1er décembre 1732 dans The Philadelphia Saturday Courier sous le titre "The bargain Lost" (Le marché perdu) avant de prendre le titre Bon-Bon (plus neutre que le titre original). Bon-Bon est la quatrième nouvelle publiée de Poe, après tout un tas de poèmes et d'essais.

 

Petite incartades ...

J'ai le sentiment que le XIXème siècle marque l'essor du fantastique. C'est le siècle qui voit les naissances de nombreux précurseurs du genre : Edgar Allan Poe, Théophile Gautier, Jules Verne, Lewis Caroll, Bram Stoker, Robert Louis Stevenson, Oscar Wilde, HG Wells, Edgar Rice Burroughs, HP Lovecraft (…), du conteur Andersen et l'écriture des histoires d'Hoffmann et de Mary Shelley …

Autant vous dire que ma Liste des Livres à Lire est fort longue.


Bref, comme la lecture des nouvelles d'Hoffmann était un peu tortueuse, j'ai décidé de faire quelques incartades chez Poe et chez Théophile Gautier. J'ai donc commandé 2 livres, présentant chacun leurs premières nouvelles :



Le premier recueil des éditions Folio SF (collection que, soit dit en passant, j'adore sous sa forme argentée) présente 19 nouvelles de Poe en 374 pages. Le second des éditions Maxi-Livres présente 12 nouvelles de Théophile Gautier en 443 pages.

Bien m'a pris parce que ces deux auteurs ont un style bien moins ampoulé qu'Hoffmann, les histoires se lisent donc bien plus facilement, sont plus attrayantes et sont, elles, bien marquées par le genre. Bien qu'écrites il y a plus de 100 ans les nouvelles de Poe semblent (pour le moment du moins) très contemporaines.

samedi 21 octobre 2017

Don Juan

En 1813, E.T.A Hoffmann écrit une seconde nouvelle : Don Juan, Aventures romanesques d'un voyageur enthousiaste. (Don Juan. Eine fabelhafte Begebenheit, die sich einem reisenden Enthusiasten zugetragen). Celle-ci paraît pour la première fois en 1830.

Cette nouvelle est basée sur l'opéra éponyme intitulé en italien Don Giovanni, composé par Mozart en 1787. Hoffman vouait une véritable passion au compositeur, à tel point qu'il changea son troisième prénom Wilhem pour Amadeus.

Ce n'est pas tant l'intrigue de l'opéra qui est abordée dans la nouvelle mais plutôt les sentiments qu'il inspire, l'interprétation qu'en fait Hoffmann au travers du narrateur et plus encore le personnage de Dona Anna.

Le narrateur de ce texte assiste à une représentation de l'opéra de Mozart dans la loge des étrangers, accessible depuis l'hôtel où il séjourne. Il commente alors l'ensemble du jeu (presque comme un commentateur sportif), en nommant toutes sortes de termes spécifiques au genre. Pas facile de suivre quand, comme moi, vous êtes un total néophyte en opéra et quand, qui plus est (toujours comme moi), ne connaissez de Don Juan que l'idée que dégage ce personnage …

L'intrigue n'est pas très développée dans cette nouvelle qui ne constitue au final qu'une description de l'opéra joué et une analyse personnelle. Mais cette fois-ci, le lien à la science-fiction transparaît sous deux thèmes :
  • une ( presque-)possession de la cantatrice par son personnage,
  • une matérialisation du personnage en dehors de la scène.

Une lecture n'est pas suffisante pour comprendre toute l'histoire et seule la connaissance de l’œuvre de Mozart permet de mettre en lumière tous les aspects de l'écriture d'Hoffmann.

En tout cas, la rédaction de ce post m'a donné envie de lire la troisième nouvelle d'Hoffmann, mais avant ça, je fais une petite incartade chez Edgar Allan Poe ...

mercredi 18 octobre 2017

Le Chevalier Glück

En 1809 (ça colle bien avec le titre originel), E.T.A. Hoffmann écrit sa première nouvelle : Le Chevalier Glück (Ritter Gluck. Eine Erinnerung aus dem Jahre 1809 ). Celle-ci paraît pour la première fois en 1820. C'est la seconde nouvelle dans le recueil Contes paru aux éditions Folio Classique.

Comptant à peine 18 pages, cette nouvelle relate l'étrange rencontre entre le narrateur et un personnage haut en couleur. Une discussion passionnée s'établit entre les deux autour de l'interprétation d'un opéra, Iphigénie en Aulide, composé en 1774 par Christoph Willibald Glück (1714-1787). Point étonnant, cet opéra est en français (point commun avec Jacques Callot).



Sans recherches et sans connaissance du titre allemand de cette nouvelle, on ne peut pas penser que cette histoire appartient à la science-fiction. La trame narrative reste banale, se contente de relater les rencontres et discussions entre les deux personnages et rien de surprenant ne paraît. Mais avec ces deux indices, peut-être que certains auront déjà tout compris à l'histoire sans l'avoir lue, alors je ne vais pas en dévoiler plus …

Si j'avais un conseil à donner sur comment lire cette histoire, je vous inviterai à vous rendre à Berlin, ville chargée d'histoire. Un dimanche après-midi, ensoleillé, 20-22 degrés, trouvez une place confortable sur l'Avenue Unter den Linden (mais pas trop proche de la porte de Brandebourg), si possible près d'un endroit d'où s'élève un petit air classique, puis laissez-vous porter par les mots …