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samedi 3 février 2018

Perte de souffle

Paru en novembre 1832 dans The Sunday Courier sous le titre A decided loss, Perte de souffle est aussi connu sous le titre Perte d'haleine (traduction du titre qu'elle prit trois ans plus tard : Loss of Breath). Dans le recueil Le masque de la Mort Rouge, cette nouvelle de 17 pages (format poche) est traduite par Alain Jaubert.

Le lendemain de ses noces, en pleine dispute avec sa femme, le narrateur se retrouve tout à coup à bout de souffle …

Mais quand on dit à bout de souffle, c'est vraiment au bout du bout, voire même sans en fait … Forcément, sans souffle, il devient difficile de parler et quand un malheureux incident lui fait perdre l'usage de ses membres, on le croit vite mort. Arrivent alors tout un tas d'aventures …

Si la situation de départ est purement fictionnelle, on ne peut pas dire que cette nouvelle appartienne complètement au domaine de la science-fiction, c'est plus un récit d'aventures. La fin de la nouvelle nous laisse un peu sur notre faim, le dénouement est trop rapide, paraît trop simple et manque d'explications.

Mais l'ensemble se lit quand même globalement bien. Une nouvelle idéale si l'on souhaite un court et agréable moment de lecture.

Onuphrius, ou les vexations fantastiques d’un admirateur d’Hoffmann

L'avantage des nouvelles c'est que, même si l'on n'accroche pas trop à l'histoire, un peu de persévérance suffit pour réussir à tout lire. Cela permet aussi de se constituer un bon stock de références et d'affiner sa compréhension du genre.
L'inconvénient des nouvelles, c'est que l'on a tendance à les lire beaucoup plus vite qu'on ne les chronique ; encore plus quand on fait le choix de faire une chronique pour chaque nouvelle …
Voilà comment j'en viens à cumuler un retard de 10 chroniques … C'est d'autant plus gênant que certaines sont tellement passionnantes qu'on en oublie quasiment complètement l'histoire des autres …

Bref, voici mon entrée en matière pour Onuphrius, texte de Théophile Gautier, paru pour la première fois en août 1832 dans La France Littéraire sous le titre Onuphrius Wphly. En 1833, cette nouvelle de 39 pages (format poche) adopte son titre définitif : Onuphrius, ou les vexations fantastiques d’un admirateur d’Hoffmann (plus long, mais plus facile à lire).

Au départ, je m'attendais donc naturellement à ce qu'il soit question d'ETA Hoffmann dans le texte, mais en dehors du titre, le nom n'apparaît qu'une fois dans le texte. Sur le coup, j'en étais un peu déçu. Maintenant que je commence à connaître plusieurs textes de ces deux auteurs, je me rends compte de la corrélation entre les deux ou plutôt de la manière dont Gautier s'inspire des histoires d'Hoffmann.

Onuphrius, c'est l'histoire d'un peintre poète qui, par ses lectures fantastiques, voire occultes, a tendance à voir l'empreinte du diable partout … Devant peindre le portrait de Jacintha, il s'aperçoit que tout s'oppose à son travail. Quand il souhaite la rejoindre, le temps s'échappe et il arrive trop tard. Une nuit, il rêve de sa mort et se rend compte qu'un autre s'est approprié son œuvre et son succès.

Comme chaque fois, il est difficile de résumer l'histoire sans spoiler l'intrigue. Alors étant donné que ce blog est un peu la mémoire de mes lectures, je vais m'autoriser à un petit laisser-aller mnémotechnique en disant qu'Onuphrius vit un peu la même situation que Bon-Bon mais que l'homme au rubis rouge n'a finalement pas les mêmes intentions …

En relisant en diagonale cette nouvelle qui sur le « long terme » (moins de 6 mois quand même) ne m'avait laissé aucun souvenir, je me rappelle qu'elle m'avait alors plu car elle est très concrètement emprunte de fantastique. Elle m'avait de plus redonné très envie de lire du Hoffmann de par ses références : le chat Mürr et la nuit de la Saint-Sylvestre, dernière nouvelle du recueil Contes d'Hoffmann. Mais comme je le disais en intro, certaines nouvelles nous laissent un souvenir indélébile et occultent d'autres qui, à mon goût, manquent peut-être d'actions.
Je me permets ici de copier-coller un paragraphe du site Théophile Gautier pour évite de paraphraser leurs propos :

« Cette nouvelle est fortement inspirée de divers récits d’Hoffmann : Onuphrius emprunte au héros du « Vase d’or », persécuté comme lui par des visions grotesques. La maîtresse d’Onuphrius, Jacintha, doit son nom à la Giacintha de La Princesse Brambilla. Mais encore, le thème du miroir au reflet fantastique se trouve dans « La Nuit de la Saint-Sylvestre » et l’épisode du portrait défiguré présente une certaine parenté avec un passage des Élixirs du diable. L’épisode du mort vivant vient certainement de contes publiés de manière anonyme par Robert Mac Nish dans Le Mercure de France en 1829 (« La Mort ressuscitée », « la Métempsycose », « Un Pythagoricien moderne »). »


N'ayant pas encore lu La Princesse Brambilla, La Nuit de la Saint-Sylvestre ou Les élixirs du diable, je ne peux pas encore attester mon avis sur ses points. En revanche, je ne trouve pas qu'Oniphrius emprunte au personnage du Vase d'Or : l'étudiant Anselme ne doit ses aventures qu'à sa nature maladroite. Si Onuphrius enchaîne les dépits, on se rend compte au fur et à mesure qu'elles ne sont en rien des preuves d'une maladresse quelconque mais bien finalement les résultats de l'intervention d'un tiers personnage.
Étant donné qu'il semble ne pas y avoir de traduction française pour les œuvres de Robert MacNish, il me sera difficile de me faire un avis sur la question. Par contre, comme je l'ai déjà évoqué, cette histoire m'a semblé avoir un lien avec la nouvelle de Poe Bon-Bon. Le lien me semble tout aussi fort avec une autre nouvelle de Poe : Perte de souffle. Mais ces deux nouvelles ayant été aussi publiée en 1832, il est difficile de dire qui a inspiré qui ou même s'ils se sont inspirés les uns les autres ou si c'étaient juste des thèmes très à la mode à ce moment là.


Dans tous les cas, je conseille la lecture de cette nouvelle ! Le style est un peu ampoulé (on évoque ici la bourgeoisie française), il n'y a pas une action transcendante mais le suspens se maintient jusqu'à la fin et ça nous suffit.


Plus que 9 ...

vendredi 29 décembre 2017

Metzengerstein

Metzengerstein est la première nouvelle éditée de Poe. Elle paraît pour la première fois le 14 janvier 1832 dans The Philadelphia Saturday courier, d'abord sous-titrée The Hungarian myth, puis A tale in the imitation of the German. Cette nouvelle connaît le succès et permet à Poe d'établir sa réputation. Elle sera, comme beaucoup d'autres, traduite par Charles Baudelaire qui fera connaître l'auteur en France.

Cette histoire de 13 pages (format poche) est basée sur la rivalité de deux familles bourgeoises hongroises (aux noms imprononçables et surtout  inécrivables  difficilement "orthographiables" sans modèle) : les Metzengerstein et les Berlifitzing. Alors si, comme moi, votre culture littéraire se révèle finalement plus pauvre que vous ne croyiez, vous penserez tout de suite aux familles Montaigu et Capulet et vous direz que tout se terminera par la mort tragique des enfants chéris uniques de chaque famille. Mais … Que nenni !!! Enfin si … Mais non ...

En introduction de la nouvelle (je viens de découvrir qu'en littérature, on dit « épigraphe », pourtant, j'avais cherché sans succès le terme sur google pour mon précédent article …), on peut lire cette phrase latine : « Pestis eram vivus, -moriens tua mors ero. » Cette citation de Martin Luther (le protestant, King n'était pas encore né à cette époque) prophétise l'aventure de la nouvelle : « Vivant, j'étais ta peste. Mort, je serai ta mort. » Phrase, qui avouons-le, sonnerait très bien dans un roman d'épouvante actuel, un post-apo plein de zombies ...

Cette nouvelle a pour thème principal la métempsychose. Si j'avais su ce que voulait dire ce terme avant de lire le texte, l'histoire aurait perdu de son attrait. En vous le disant, je ne spoile en rien le suspens car le terme apparaît à la 6ème ligne. Si, comme moi (encore une fois), vous ne connaissiez pas la définition de ce mot, ne vous inquiétez pas, il s'échappera vite de votre pensée.

Métempsychose, donc, un sujet clairement fantastique mais auquel je ne pourrais (pour le moment) adjoindre aucune autre histoire.

Au départ, une haine profonde entre d'un côté Wilhelm, comte Berlifitzing « vieux radoteur infirme » ne vivant que pour ces chevaux et la chasse et de l'autre, le jeune Frédérick, baron Metzengerstein, tout juste majeur, fraîchement orphelin, héritier d'une richesse sans limite et menant rapidement une vie de débauché.
Une nuit, un incendie prend dans les écuries du château Berlifitzing. Pendant ce temps, Frédérick est « hypnotisé » dans ses appartements par une tapisserie relatant le meurtre d'un ancêtre Berlifitzing sous les yeux de son cheval par un Metzengerstein.
Quand tout à coup, le cheval semble s'animer …

Ouh la la, que de suspens … Il va sans dire que cette courte nouvelle nous tient tout du long en haleine et même si on en devine aisément la fin, on la lit avec un grand plaisir.


J'ai découvert sur Comptoir littéraire que cette histoire avait fait l'objet d'une adaptation au cinéma en 1967 dans Histoires extraordinaires, un film contenant 3 sketchs tournés par 3 réalisateurs différents. Dans le premier sketch, Roger Vadim semble proposer une adaptation très libre de l'histoire puisque Frédérick devient Frédérica (interprétée par Jane Fonda) et le comte Berlifintzing devient son cousin (interprété par Peter Fonda). D'après les commentaires d'Allociné, il semblerait que ce soit une seconde adptation, la première ayant eu lieu en 1949. A découvrir peut-être plus tard …



Finalement, même s'il revient du XIXème siècle, le Poe est atemporel et se lit aisément. Je pense que je prendrais plaisir à découvrir les prochaines nouvelles et que j'y reviendrais facilement. Je vais donc aller tenter une nouvelle incartade, chez Théophile Gautier, cette fois.


PS : si vous avez une liste de synonymes à disposition pour les termes « nouvelles », « textes », « histoires », je suis preneur (j'ai l'impression de toujours me répéter).
;)

mercredi 20 décembre 2017

Bon-Bon

Bon-Bon est une des premières nouvelles écrites par Edgar Allan Poe en 1832. Cette nouvelle de 22 pages a été traduite par Alain Jaubert. Le titre original étant aussi Bon-Bon, on ne peut pas dire que le traducteur l'a détourné ...

Première bonne surprise, le lieu de l'action : je suis très étonné qu'un auteur américain du XIXème situe l'action de son histoire à Rouen, capitale préfecture de ma région natale.

Ensuite, contrairement aux nouvelles d'Hoffmann, cette nouvelle est vraiment une histoire fantastique de la première huitième page (faut quand même pas abusé le lecteur à cette époque romantique) à la dernière.

Bon-Bon, c'est l'histoire d'un rouennais, restaurateur de renom pour vivre, mais philosophe dans l'âme. C'est à la troisième ligne qu'intervient ma deuxième bonne surprise : le nom du café de Pierre Bon-Bon  ('fin, par ordre de lecture, au final, c'est la première puisque le mot « Rouen » arrive à la 4ème ligne). Je ne spoile pas mais je prends plaisir à imaginer que peut-être ce nom a inspiré Tolkien.

Bon-Bon, c'est l'histoire d'un personnage qui rencontre celui qu'il a toujours adoré, celui qui a donné un sens à sa vie et qui va se rendre compte que finalement, il s'est fourvoyé depuis le début.

Bon-Bon, c'est une vrai nouvelle de fantastique, puisque basée sur l'utilisation d'une de ces figures emblématiques. Je n'en dévoilerai pas plus (si ce n'est l'intro de la nouvelle pour conclure ce post) car cette histoire en huit-clos se limite à une « simple » conversation où n'intervient que peu pas d'action. On n'est pourtant tenu en haleine jusqu'à la conclusion et on enchaîne tout de suite sur une seconde nouvelle.

L'intro de l'histoire donne un indice sur son déroulement, je vous en fait part et vous laisse faire vos pronostics :

          Quand un bon vin meuble mon estomac
         Je suis plus savant que Balzac -
         Plus sage que Pibrac ;
         Mon bras seul faisant l'attaque
         De la nation Cosaque
         La mettroit au sac ;
         De Charon je passerois le lac
         En dormant dans son bac ;
         J'irois au fier Eac,
         Sans que mon cœur fît tic ni tac,
         Présenter du tabac.
                  VAUDEVILLE FRANÇAIS. 

Édit du 29/17/17 : je viens de trouver un article très intéressant concernant l’œuvre de Poe sur le site Comptoir littéraire. Je déconseille la lecture de ce très long article avant celle des nouvelles car tout y est très détaillé, mais ça permet de mieux connaître la chronologie et le contexte de parution de ces nouvelles. Bien que l'analyse littéraire soit très poussée (peut-être trop au vu de mes études scientifiques), elle me permet de mieux appréhender les enjeux des thèmes développés et ainsi de mieux comprendre l'évolution de la SF à partir de ces précurseurs.

Je peux ainsi ajouter que Bon-Bon est paru pour la première fois le 1er décembre 1732 dans The Philadelphia Saturday Courier sous le titre "The bargain Lost" (Le marché perdu) avant de prendre le titre Bon-Bon (plus neutre que le titre original). Bon-Bon est la quatrième nouvelle publiée de Poe, après tout un tas de poèmes et d'essais.