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samedi 10 mars 2018

Morella

Morella, c'est l'histoire d'un amour, qui n'en était pas un et que le temps a terni. C'est aussi l'histoire d'une terrible vengeance où la sorcellerie détourne de la manière la plus abominable possible l'événement le plus merveilleux de la vie d'un homme ...

Cette très courte nouvelle de 9 pages (format poche) a été publiée pour la première fois en 1840 dans le Southern literary messenger, mais une lettre écrite par Poe atteste que celle-ci fut rédigée en avril 1835. La version française a été traduite par Charles Baudelaire en 1853. En 1962, l'histoire est adaptée au cinéma dans un sketche de Tales of terror.

La lecture de cette nouvelle a pour moi été plaisante mais pas passionnante. Si le thème est clairement fantastique (forces occultes, sorcellerie, vie après la mort, possession ou métempsychose), l'appartenance horrifique n'apparaît que sous la forme du suspens. Les faits sont relatés très rapidement, pas de détails et très peu d'action : on n'a pas le temps d'avoir peur. Peut-être cette histoire aurait-elle méritée d'être développée, mais je ne doute pas qu'elle ait inspirée par la suite nombre d'auteurs …

Je ne sais pas pourquoi mais durant toute cette lecture le personnage de Morella m'a fait penser au personnage de la sorcière rouge dans Game of Thrones. À voir plus tard si ce pressentiment était fondé ...

Le rendez-vous

Cette petite nouvelle de vingt pages (format poche), traduite une nouvelle fois par Alain Jaubert, est parue pour la première fois en janvier 1834 dans le Godey’s lady’s book, sous le titre The assignation qui a été repris pour la traduction française « Le visionnaire ». Dans le recueil Le masque de la Mort Rouge de Folio SF, la nouvelle prend un titre plus révélateur : Le rendez-vous.

Par une nuit de ténèbres exceptionnellement profondes, une femme
laisse tomber par mégarde son enfant dans les eaux du canal.
Quand tout espoir semble vain, un homme plonge et lui ramène le bébé.
Cette femme lui fixe alors rendez-vous une heure après le lever du soleil.

Et le lieu du rendez-vous ne peut pas être plus étrange …

Au moment de la lecture, je n'ai apprécié que les 6 premières pages et les 2 dernières : un peu d'action au début et du « fantastique » à la fin. Entre deux, beaucoup de descriptions et narrations, à mon sens, futiles. C'est la première nouvelle de Poe qui me déçoit. D'après le comptoir littéraire, Poe aurait pu s'inspirer d'une nouvelle d'Hoffmann (Le doge et la dogaresse) que je n'ai pas encore lue ou ferait la satire de l'aventure de Lord Byron avec la comtesse Guiccioli qui defraya la chronique en 1819.

Maintenant que je suis allé à Venise, cette histoire prend une autre résonance. Peut-être faut-il la lire un soir directement sur place pour ensuite découvrir directement les lieux de l'action.




samedi 3 février 2018

Manuscrit trouvé dans une bouteille

Cette nouvelle très courte de 16 pages (format poche) fut publiée pour la première fois en 1831. Elle parut ensuite en octobre 1833 sous le titre Ms. found in a bottle dans le Baltimore Saturday visiter où elle figura directement en une : en effet, Poe avait alors gagné le premier prix pour la meilleure nouvelle. Il avait gagné en même temps le prix pour le meilleur poème.

Lors d'un voyage l'emmenant de Java aux îles de la Sonde, le bateau sur lequel le narrateur voyage affronte les tourments d'une formidable tempête : le simoun. Un énorme coup de vent enfonce le bateau dans l'eau et tous les hommes sont emportés.
Durant cinq jours, le vent entraîne le bateau et finit par le jeter contre un autre.
Le narrateur se retrouve par miracle sur le pont de ce nouveau navire, semblant venir d'un temps très ancien …

Mêlant légendes et aventures, cette nouvelle se lit très bien. Poe capte le lecteur et l'emprisonne dans une suite d'actions très rapide. Le mystère qui entoure le second navire nous oblige à lire l'histoire d'une traite.

Pour ma part, j'ai eu l'impression de découvrir une des sources d'inspiration du célèbre Hollandais Volant de la saga Pirates des Caraïbes. Tiens, tiens, en cherchant des informations sur ce navire, je viens de découvrir que le Hollandais Volant est en fait à la base une légende datant du XVIIème siècle prenant sa source du côté de Java. La rumeur attribuait la vitesse du navire à l'assistance du diable. Évidemment, le navire disparut sans laisser de trace … Il se pourrait donc que Poe se soit inspiré de cette légende ou d'un des récits basés sur celle-ci pour développer son histoire.

En tout cas, je recommande cette lecture !

Perte de souffle

Paru en novembre 1832 dans The Sunday Courier sous le titre A decided loss, Perte de souffle est aussi connu sous le titre Perte d'haleine (traduction du titre qu'elle prit trois ans plus tard : Loss of Breath). Dans le recueil Le masque de la Mort Rouge, cette nouvelle de 17 pages (format poche) est traduite par Alain Jaubert.

Le lendemain de ses noces, en pleine dispute avec sa femme, le narrateur se retrouve tout à coup à bout de souffle …

Mais quand on dit à bout de souffle, c'est vraiment au bout du bout, voire même sans en fait … Forcément, sans souffle, il devient difficile de parler et quand un malheureux incident lui fait perdre l'usage de ses membres, on le croit vite mort. Arrivent alors tout un tas d'aventures …

Si la situation de départ est purement fictionnelle, on ne peut pas dire que cette nouvelle appartienne complètement au domaine de la science-fiction, c'est plus un récit d'aventures. La fin de la nouvelle nous laisse un peu sur notre faim, le dénouement est trop rapide, paraît trop simple et manque d'explications.

Mais l'ensemble se lit quand même globalement bien. Une nouvelle idéale si l'on souhaite un court et agréable moment de lecture.

vendredi 29 décembre 2017

Metzengerstein

Metzengerstein est la première nouvelle éditée de Poe. Elle paraît pour la première fois le 14 janvier 1832 dans The Philadelphia Saturday courier, d'abord sous-titrée The Hungarian myth, puis A tale in the imitation of the German. Cette nouvelle connaît le succès et permet à Poe d'établir sa réputation. Elle sera, comme beaucoup d'autres, traduite par Charles Baudelaire qui fera connaître l'auteur en France.

Cette histoire de 13 pages (format poche) est basée sur la rivalité de deux familles bourgeoises hongroises (aux noms imprononçables et surtout  inécrivables  difficilement "orthographiables" sans modèle) : les Metzengerstein et les Berlifitzing. Alors si, comme moi, votre culture littéraire se révèle finalement plus pauvre que vous ne croyiez, vous penserez tout de suite aux familles Montaigu et Capulet et vous direz que tout se terminera par la mort tragique des enfants chéris uniques de chaque famille. Mais … Que nenni !!! Enfin si … Mais non ...

En introduction de la nouvelle (je viens de découvrir qu'en littérature, on dit « épigraphe », pourtant, j'avais cherché sans succès le terme sur google pour mon précédent article …), on peut lire cette phrase latine : « Pestis eram vivus, -moriens tua mors ero. » Cette citation de Martin Luther (le protestant, King n'était pas encore né à cette époque) prophétise l'aventure de la nouvelle : « Vivant, j'étais ta peste. Mort, je serai ta mort. » Phrase, qui avouons-le, sonnerait très bien dans un roman d'épouvante actuel, un post-apo plein de zombies ...

Cette nouvelle a pour thème principal la métempsychose. Si j'avais su ce que voulait dire ce terme avant de lire le texte, l'histoire aurait perdu de son attrait. En vous le disant, je ne spoile en rien le suspens car le terme apparaît à la 6ème ligne. Si, comme moi (encore une fois), vous ne connaissiez pas la définition de ce mot, ne vous inquiétez pas, il s'échappera vite de votre pensée.

Métempsychose, donc, un sujet clairement fantastique mais auquel je ne pourrais (pour le moment) adjoindre aucune autre histoire.

Au départ, une haine profonde entre d'un côté Wilhelm, comte Berlifitzing « vieux radoteur infirme » ne vivant que pour ces chevaux et la chasse et de l'autre, le jeune Frédérick, baron Metzengerstein, tout juste majeur, fraîchement orphelin, héritier d'une richesse sans limite et menant rapidement une vie de débauché.
Une nuit, un incendie prend dans les écuries du château Berlifitzing. Pendant ce temps, Frédérick est « hypnotisé » dans ses appartements par une tapisserie relatant le meurtre d'un ancêtre Berlifitzing sous les yeux de son cheval par un Metzengerstein.
Quand tout à coup, le cheval semble s'animer …

Ouh la la, que de suspens … Il va sans dire que cette courte nouvelle nous tient tout du long en haleine et même si on en devine aisément la fin, on la lit avec un grand plaisir.


J'ai découvert sur Comptoir littéraire que cette histoire avait fait l'objet d'une adaptation au cinéma en 1967 dans Histoires extraordinaires, un film contenant 3 sketchs tournés par 3 réalisateurs différents. Dans le premier sketch, Roger Vadim semble proposer une adaptation très libre de l'histoire puisque Frédérick devient Frédérica (interprétée par Jane Fonda) et le comte Berlifintzing devient son cousin (interprété par Peter Fonda). D'après les commentaires d'Allociné, il semblerait que ce soit une seconde adptation, la première ayant eu lieu en 1949. A découvrir peut-être plus tard …



Finalement, même s'il revient du XIXème siècle, le Poe est atemporel et se lit aisément. Je pense que je prendrais plaisir à découvrir les prochaines nouvelles et que j'y reviendrais facilement. Je vais donc aller tenter une nouvelle incartade, chez Théophile Gautier, cette fois.


PS : si vous avez une liste de synonymes à disposition pour les termes « nouvelles », « textes », « histoires », je suis preneur (j'ai l'impression de toujours me répéter).
;)

mercredi 20 décembre 2017

Bon-Bon

Bon-Bon est une des premières nouvelles écrites par Edgar Allan Poe en 1832. Cette nouvelle de 22 pages a été traduite par Alain Jaubert. Le titre original étant aussi Bon-Bon, on ne peut pas dire que le traducteur l'a détourné ...

Première bonne surprise, le lieu de l'action : je suis très étonné qu'un auteur américain du XIXème situe l'action de son histoire à Rouen, capitale préfecture de ma région natale.

Ensuite, contrairement aux nouvelles d'Hoffmann, cette nouvelle est vraiment une histoire fantastique de la première huitième page (faut quand même pas abusé le lecteur à cette époque romantique) à la dernière.

Bon-Bon, c'est l'histoire d'un rouennais, restaurateur de renom pour vivre, mais philosophe dans l'âme. C'est à la troisième ligne qu'intervient ma deuxième bonne surprise : le nom du café de Pierre Bon-Bon  ('fin, par ordre de lecture, au final, c'est la première puisque le mot « Rouen » arrive à la 4ème ligne). Je ne spoile pas mais je prends plaisir à imaginer que peut-être ce nom a inspiré Tolkien.

Bon-Bon, c'est l'histoire d'un personnage qui rencontre celui qu'il a toujours adoré, celui qui a donné un sens à sa vie et qui va se rendre compte que finalement, il s'est fourvoyé depuis le début.

Bon-Bon, c'est une vrai nouvelle de fantastique, puisque basée sur l'utilisation d'une de ces figures emblématiques. Je n'en dévoilerai pas plus (si ce n'est l'intro de la nouvelle pour conclure ce post) car cette histoire en huit-clos se limite à une « simple » conversation où n'intervient que peu pas d'action. On n'est pourtant tenu en haleine jusqu'à la conclusion et on enchaîne tout de suite sur une seconde nouvelle.

L'intro de l'histoire donne un indice sur son déroulement, je vous en fait part et vous laisse faire vos pronostics :

          Quand un bon vin meuble mon estomac
         Je suis plus savant que Balzac -
         Plus sage que Pibrac ;
         Mon bras seul faisant l'attaque
         De la nation Cosaque
         La mettroit au sac ;
         De Charon je passerois le lac
         En dormant dans son bac ;
         J'irois au fier Eac,
         Sans que mon cœur fît tic ni tac,
         Présenter du tabac.
                  VAUDEVILLE FRANÇAIS. 

Édit du 29/17/17 : je viens de trouver un article très intéressant concernant l’œuvre de Poe sur le site Comptoir littéraire. Je déconseille la lecture de ce très long article avant celle des nouvelles car tout y est très détaillé, mais ça permet de mieux connaître la chronologie et le contexte de parution de ces nouvelles. Bien que l'analyse littéraire soit très poussée (peut-être trop au vu de mes études scientifiques), elle me permet de mieux appréhender les enjeux des thèmes développés et ainsi de mieux comprendre l'évolution de la SF à partir de ces précurseurs.

Je peux ainsi ajouter que Bon-Bon est paru pour la première fois le 1er décembre 1732 dans The Philadelphia Saturday Courier sous le titre "The bargain Lost" (Le marché perdu) avant de prendre le titre Bon-Bon (plus neutre que le titre original). Bon-Bon est la quatrième nouvelle publiée de Poe, après tout un tas de poèmes et d'essais.