mercredi 3 janvier 2018

La cafetière

Publiée pour la première fois en mai 1831 dans Le Cabinet de lecture, La Cafetière est la première nouvelle écrite par Théophile Gautier. Né en 1811 à Tarbes, cet auteur français avait commencé à se faire connaître avec la poésie, suite à sa rencontre avec Victor Hugo.

La Cafetière est un conte très court de 9 pages (format poche). L'écriture est assez littéraire, moins qu'Hoffmann, mais plus que Poe (pour comparer à mes autres lectures actuelles). Si la description est assez marquée dans ce texte, elle laisse très facilement place à l'action. En effet, il est difficile de s'étendre sur les détails en si peu de pages.

Théodore est invité avec deux de ses camarades à passer quelques jours en Normandie. Harassé par le voyage effectué à pied dans la boue, on l'installe rapidement dans une chambre où tout semble avoir été utilisé la veille. Le lit tanguant sous le narrateur l'empêche de s'endormir et l'oblige à assister à une scène fantastique : un à un, les personnages sortent de leur cadre ; la cafetière se place toute seule sur le feu, les tasses viennent elles-mêmes se placer sur la table, équipées de leur cuillère et d'un morceau de sucre. S'ensuivent une discussion, une danse, une rencontre …

Je suppose que, comme tous les lecteurs, vous voyez le texte s'animer dans vos têtes quand vous lisez. Alors vous ne serez pas étonné que j'aie emprunté à JK Rowling (et surtout aux films) sa vision des cadres et des personnages qui y prennent vie avant d'en sortir.

La lecture de cette nouvelle m'a paru agréable. Difficile de s'ennuyer sur si peu de pages. L'action n'est pas transcendante, mais l'auteur parvient à instaurer un léger suspens. L'épisode des tasses et de la cafetière m'a tout de suite rappelé le conte La belle et la bête, mais ne connaissant que la version Disney (et à la rigueur, la vision plus moderne de la série Once upon a time) il m'est difficile de dire si ce conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont écrit en 1756 a inspiré ou non Théophile Gautier. D'après le site internet dédié à l'auteur, cette nouvelle s'inspirerait de textes écrits par 4 auteurs :
  • Le Vase d’or et Bonheur au jeu , contes fantastiques écrits par Hoffmann,
  • L’Aventure de mon oncle et Le Hardi Dragon de Washington Irving,
  • La chambre tapissée de Walter Scott,
  • Les Mystères d’Udolpho d’Ann Radcliffe.

Je suis déjà en possession du Vase d'or. Washington Irving figure dans ma liste des auteurs à découvrir (bien plus conséquente que celle présente sur le blog) puisque auteur de l'histoire La Légende du Val Dormant (The Legend of Sleepy Hollow).
En revanche, bien que les deux derniers textes cités soient disponibles gratuitement sur Wikisource, en découvrir leur auteur ne me tente guère (trop peur de lire des textes écrits de la même manière qu'Hoffmann). Peut-être, à la rigueur, parviendrai-je à lire La chambre tapissée puisque ce texte ne fait que 22 pages.

Ce post n'est donc pas terminé … ;)

vendredi 29 décembre 2017

Metzengerstein

Metzengerstein est la première nouvelle éditée de Poe. Elle paraît pour la première fois le 14 janvier 1832 dans The Philadelphia Saturday courier, d'abord sous-titrée The Hungarian myth, puis A tale in the imitation of the German. Cette nouvelle connaît le succès et permet à Poe d'établir sa réputation. Elle sera, comme beaucoup d'autres, traduite par Charles Baudelaire qui fera connaître l'auteur en France.

Cette histoire de 13 pages (format poche) est basée sur la rivalité de deux familles bourgeoises hongroises (aux noms imprononçables et surtout  inécrivables  difficilement "orthographiables" sans modèle) : les Metzengerstein et les Berlifitzing. Alors si, comme moi, votre culture littéraire se révèle finalement plus pauvre que vous ne croyiez, vous penserez tout de suite aux familles Montaigu et Capulet et vous direz que tout se terminera par la mort tragique des enfants chéris uniques de chaque famille. Mais … Que nenni !!! Enfin si … Mais non ...

En introduction de la nouvelle (je viens de découvrir qu'en littérature, on dit « épigraphe », pourtant, j'avais cherché sans succès le terme sur google pour mon précédent article …), on peut lire cette phrase latine : « Pestis eram vivus, -moriens tua mors ero. » Cette citation de Martin Luther (le protestant, King n'était pas encore né à cette époque) prophétise l'aventure de la nouvelle : « Vivant, j'étais ta peste. Mort, je serai ta mort. » Phrase, qui avouons-le, sonnerait très bien dans un roman d'épouvante actuel, un post-apo plein de zombies ...

Cette nouvelle a pour thème principal la métempsychose. Si j'avais su ce que voulait dire ce terme avant de lire le texte, l'histoire aurait perdu de son attrait. En vous le disant, je ne spoile en rien le suspens car le terme apparaît à la 6ème ligne. Si, comme moi (encore une fois), vous ne connaissiez pas la définition de ce mot, ne vous inquiétez pas, il s'échappera vite de votre pensée.

Métempsychose, donc, un sujet clairement fantastique mais auquel je ne pourrais (pour le moment) adjoindre aucune autre histoire.

Au départ, une haine profonde entre d'un côté Wilhelm, comte Berlifitzing « vieux radoteur infirme » ne vivant que pour ces chevaux et la chasse et de l'autre, le jeune Frédérick, baron Metzengerstein, tout juste majeur, fraîchement orphelin, héritier d'une richesse sans limite et menant rapidement une vie de débauché.
Une nuit, un incendie prend dans les écuries du château Berlifitzing. Pendant ce temps, Frédérick est « hypnotisé » dans ses appartements par une tapisserie relatant le meurtre d'un ancêtre Berlifitzing sous les yeux de son cheval par un Metzengerstein.
Quand tout à coup, le cheval semble s'animer …

Ouh la la, que de suspens … Il va sans dire que cette courte nouvelle nous tient tout du long en haleine et même si on en devine aisément la fin, on la lit avec un grand plaisir.


J'ai découvert sur Comptoir littéraire que cette histoire avait fait l'objet d'une adaptation au cinéma en 1967 dans Histoires extraordinaires, un film contenant 3 sketchs tournés par 3 réalisateurs différents. Dans le premier sketch, Roger Vadim semble proposer une adaptation très libre de l'histoire puisque Frédérick devient Frédérica (interprétée par Jane Fonda) et le comte Berlifintzing devient son cousin (interprété par Peter Fonda). D'après les commentaires d'Allociné, il semblerait que ce soit une seconde adptation, la première ayant eu lieu en 1949. A découvrir peut-être plus tard …



Finalement, même s'il revient du XIXème siècle, le Poe est atemporel et se lit aisément. Je pense que je prendrais plaisir à découvrir les prochaines nouvelles et que j'y reviendrais facilement. Je vais donc aller tenter une nouvelle incartade, chez Théophile Gautier, cette fois.


PS : si vous avez une liste de synonymes à disposition pour les termes « nouvelles », « textes », « histoires », je suis preneur (j'ai l'impression de toujours me répéter).
;)

mercredi 20 décembre 2017

Bon-Bon

Bon-Bon est une des premières nouvelles écrites par Edgar Allan Poe en 1832. Cette nouvelle de 22 pages a été traduite par Alain Jaubert. Le titre original étant aussi Bon-Bon, on ne peut pas dire que le traducteur l'a détourné ...

Première bonne surprise, le lieu de l'action : je suis très étonné qu'un auteur américain du XIXème situe l'action de son histoire à Rouen, capitale préfecture de ma région natale.

Ensuite, contrairement aux nouvelles d'Hoffmann, cette nouvelle est vraiment une histoire fantastique de la première huitième page (faut quand même pas abusé le lecteur à cette époque romantique) à la dernière.

Bon-Bon, c'est l'histoire d'un rouennais, restaurateur de renom pour vivre, mais philosophe dans l'âme. C'est à la troisième ligne qu'intervient ma deuxième bonne surprise : le nom du café de Pierre Bon-Bon  ('fin, par ordre de lecture, au final, c'est la première puisque le mot « Rouen » arrive à la 4ème ligne). Je ne spoile pas mais je prends plaisir à imaginer que peut-être ce nom a inspiré Tolkien.

Bon-Bon, c'est l'histoire d'un personnage qui rencontre celui qu'il a toujours adoré, celui qui a donné un sens à sa vie et qui va se rendre compte que finalement, il s'est fourvoyé depuis le début.

Bon-Bon, c'est une vrai nouvelle de fantastique, puisque basée sur l'utilisation d'une de ces figures emblématiques. Je n'en dévoilerai pas plus (si ce n'est l'intro de la nouvelle pour conclure ce post) car cette histoire en huit-clos se limite à une « simple » conversation où n'intervient que peu pas d'action. On n'est pourtant tenu en haleine jusqu'à la conclusion et on enchaîne tout de suite sur une seconde nouvelle.

L'intro de l'histoire donne un indice sur son déroulement, je vous en fait part et vous laisse faire vos pronostics :

          Quand un bon vin meuble mon estomac
         Je suis plus savant que Balzac -
         Plus sage que Pibrac ;
         Mon bras seul faisant l'attaque
         De la nation Cosaque
         La mettroit au sac ;
         De Charon je passerois le lac
         En dormant dans son bac ;
         J'irois au fier Eac,
         Sans que mon cœur fît tic ni tac,
         Présenter du tabac.
                  VAUDEVILLE FRANÇAIS. 

Édit du 29/17/17 : je viens de trouver un article très intéressant concernant l’œuvre de Poe sur le site Comptoir littéraire. Je déconseille la lecture de ce très long article avant celle des nouvelles car tout y est très détaillé, mais ça permet de mieux connaître la chronologie et le contexte de parution de ces nouvelles. Bien que l'analyse littéraire soit très poussée (peut-être trop au vu de mes études scientifiques), elle me permet de mieux appréhender les enjeux des thèmes développés et ainsi de mieux comprendre l'évolution de la SF à partir de ces précurseurs.

Je peux ainsi ajouter que Bon-Bon est paru pour la première fois le 1er décembre 1732 dans The Philadelphia Saturday Courier sous le titre "The bargain Lost" (Le marché perdu) avant de prendre le titre Bon-Bon (plus neutre que le titre original). Bon-Bon est la quatrième nouvelle publiée de Poe, après tout un tas de poèmes et d'essais.

 

Petite incartades ...

J'ai le sentiment que le XIXème siècle marque l'essor du fantastique. C'est le siècle qui voit les naissances de nombreux précurseurs du genre : Edgar Allan Poe, Théophile Gautier, Jules Verne, Lewis Caroll, Bram Stoker, Robert Louis Stevenson, Oscar Wilde, HG Wells, Edgar Rice Burroughs, HP Lovecraft (…), du conteur Andersen et l'écriture des histoires d'Hoffmann et de Mary Shelley …

Autant vous dire que ma Liste des Livres à Lire est fort longue.


Bref, comme la lecture des nouvelles d'Hoffmann était un peu tortueuse, j'ai décidé de faire quelques incartades chez Poe et chez Théophile Gautier. J'ai donc commandé 2 livres, présentant chacun leurs premières nouvelles :



Le premier recueil des éditions Folio SF (collection que, soit dit en passant, j'adore sous sa forme argentée) présente 19 nouvelles de Poe en 374 pages. Le second des éditions Maxi-Livres présente 12 nouvelles de Théophile Gautier en 443 pages.

Bien m'a pris parce que ces deux auteurs ont un style bien moins ampoulé qu'Hoffmann, les histoires se lisent donc bien plus facilement, sont plus attrayantes et sont, elles, bien marquées par le genre. Bien qu'écrites il y a plus de 100 ans les nouvelles de Poe semblent (pour le moment du moins) très contemporaines.

samedi 21 octobre 2017

Don Juan

En 1813, E.T.A Hoffmann écrit une seconde nouvelle : Don Juan, Aventures romanesques d'un voyageur enthousiaste. (Don Juan. Eine fabelhafte Begebenheit, die sich einem reisenden Enthusiasten zugetragen). Celle-ci paraît pour la première fois en 1830.

Cette nouvelle est basée sur l'opéra éponyme intitulé en italien Don Giovanni, composé par Mozart en 1787. Hoffman vouait une véritable passion au compositeur, à tel point qu'il changea son troisième prénom Wilhem pour Amadeus.

Ce n'est pas tant l'intrigue de l'opéra qui est abordée dans la nouvelle mais plutôt les sentiments qu'il inspire, l'interprétation qu'en fait Hoffmann au travers du narrateur et plus encore le personnage de Dona Anna.

Le narrateur de ce texte assiste à une représentation de l'opéra de Mozart dans la loge des étrangers, accessible depuis l'hôtel où il séjourne. Il commente alors l'ensemble du jeu (presque comme un commentateur sportif), en nommant toutes sortes de termes spécifiques au genre. Pas facile de suivre quand, comme moi, vous êtes un total néophyte en opéra et quand, qui plus est (toujours comme moi), ne connaissez de Don Juan que l'idée que dégage ce personnage …

L'intrigue n'est pas très développée dans cette nouvelle qui ne constitue au final qu'une description de l'opéra joué et une analyse personnelle. Mais cette fois-ci, le lien à la science-fiction transparaît sous deux thèmes :
  • une ( presque-)possession de la cantatrice par son personnage,
  • une matérialisation du personnage en dehors de la scène.

Une lecture n'est pas suffisante pour comprendre toute l'histoire et seule la connaissance de l’œuvre de Mozart permet de mettre en lumière tous les aspects de l'écriture d'Hoffmann.

En tout cas, la rédaction de ce post m'a donné envie de lire la troisième nouvelle d'Hoffmann, mais avant ça, je fais une petite incartade chez Edgar Allan Poe ...

mercredi 18 octobre 2017

Le Chevalier Glück

En 1809 (ça colle bien avec le titre originel), E.T.A. Hoffmann écrit sa première nouvelle : Le Chevalier Glück (Ritter Gluck. Eine Erinnerung aus dem Jahre 1809 ). Celle-ci paraît pour la première fois en 1820. C'est la seconde nouvelle dans le recueil Contes paru aux éditions Folio Classique.

Comptant à peine 18 pages, cette nouvelle relate l'étrange rencontre entre le narrateur et un personnage haut en couleur. Une discussion passionnée s'établit entre les deux autour de l'interprétation d'un opéra, Iphigénie en Aulide, composé en 1774 par Christoph Willibald Glück (1714-1787). Point étonnant, cet opéra est en français (point commun avec Jacques Callot).



Sans recherches et sans connaissance du titre allemand de cette nouvelle, on ne peut pas penser que cette histoire appartient à la science-fiction. La trame narrative reste banale, se contente de relater les rencontres et discussions entre les deux personnages et rien de surprenant ne paraît. Mais avec ces deux indices, peut-être que certains auront déjà tout compris à l'histoire sans l'avoir lue, alors je ne vais pas en dévoiler plus …

Si j'avais un conseil à donner sur comment lire cette histoire, je vous inviterai à vous rendre à Berlin, ville chargée d'histoire. Un dimanche après-midi, ensoleillé, 20-22 degrés, trouvez une place confortable sur l'Avenue Unter den Linden (mais pas trop proche de la porte de Brandebourg), si possible près d'un endroit d'où s'élève un petit air classique, puis laissez-vous porter par les mots …